CENTRALE THERMIQUE GDF SUEZ
OU
875 000 VOITURES DE PLUS A FOS SUR MER ?!
(HUIT CENT SOIXANTE QUINZE MILLES !!)
Une réunion publique s’est tenue dans la salle d’honneur de la mairie de Port Saint Louis, le mercredi 5 novembre 2008 à 19 heures. Elle avait pour objet l’implantation de la deuxième tranche de la centrale électrique GDF SUEZ, près des terminaux méthaniers, sur les terrains du port Autonome à Fos sur mer.
Cette réunion était planifiée dans le cadre de l’enquête publique, réalisée par la préfecture, et qui précède ce type de construction. Trois représentants de la société GDF SUEZ étaient présents, un ingénieur de la DRIRE, un ingénieur du bureau Véritas, le rapporteur de l’enquête publique, et une adjointe au maire de Port saint Louis qui animait les débats. On comptait encore une quarantaine de personnes présentes dans la salle, dont des conseillers municipaux de la majorité municipale et essentiellement des membres du comité santé environnement.
Avant que la réunion ne débute, l’assistance s’est plainte, dans sa grande majorité, que cette réunion soit organisée le dernier jour de l’enquête publique, ce qui ne permettait plus de consigner d’éventuelles observations sur le rapport d’enquête. Le rapporteur s’est alors engagé à demander au préfet de prolonger le délai initial.
Les représentants de GDF SUEZ ont ensuite exposé, que pour des considérations à la fois stratégiques et économiques, cette installation avait toute sa place près des terminaux méthaniers, des postes à haute tension et d’une source de refroidissement naturelle (la mer).
Sur le plan technique il s’agit d’une turbine à gaz ;
Un gaz comprimé brûle dans une turbine et entraîne la rotation des pales, dont l’axe entraîne à son tour un alternateur qui produit l’électricité. Les gaz d’échappement sont alors refroidis dans le circuit de cheminée par un échangeur de chaleur air/eau qui permet de générer de la vapeur. Cette vapeur viendra ensuite se détendre dans une turbine secondaire, couplé elle aussi avec l’alternateur, et contribuant ainsi à augmenter le rendement de l’installation.
Pour condenser totalement la vapeur à la sortie de la turbine secondaire l’installation utilise l’eau de mer puisée directement dans le golfe, et dont la température de rejet sera augmentée de 6 degrés.
Les promoteurs du projet prévoient que l’activité du port autonome sera dynamisée par le trafic des méthaniers car je cite ; « la consommation gaz du cycle combiné est équivalent à 350 000 tonnes de gaz naturel liquéfié par an ». Ils ajoutent encore que cela va « générer de nouvelles perspectives économiques pour toute la région ».
En ce qui concerne l’impact écologique les représentants de la société GDF SUEZ précisent que cette installation à haut rendement permet de réduire au maximum l’émission des gaz à effet de serre, ainsi que les émissions d’oxyde d’azote grâce à l’utilisation de brûleurs à « Bas- NOX (oxyde d’azote) ».
La plaquette d’information distribuée dans l’assistance ne dit rien sur les émissions d’oxyde de souffre, et une personne de l’assistance fait remarquer, avec un certain à propos, qu’il y a une discordance avec les documents de l’enquête public qui mentionnent bien la présence de souffre dans les fumées. Le représentant de la société SUEZ acquiesce à cette remarque, il y aura bien des émissions d’oxyde d’azote et d’oxyde de souffre.
Parole est alors donnée au technicien de la Drire qui a effectué l’étude d’impact concernant les rejets d’eau chaude. Il relève de l’étude effectuée que ces rejets d’eau chaude auront un impact significatif sur la température de l’eau jusqu’à la digue de Carteau. Le technicien de la DRIRE conclue que selon lui l’augmentation de température sera sans conséquences négatives sur le milieu marin.
L’ingénieur du bureau Véritas qui a effectué l’étude d’impact pour les rejets atmosphériques nous projette une image censée montrer la dispersion des fumées sur le site, et calculée sur la base d’un modèle mathématique qui intègre des données météos relevées sur une station de Marignane. Il conclue que la hauteur de la cheminée permettra une dispersion des fumées sur une grande zone géographique ce qui limitera l’impact à proximité de l’installation.
Tout le monde n’était pas d’accord avec cette démonstration.
Un scientifique qui se trouvait dans l’assistance fait alors remarqué que ce calcul est nécessairement faux, car il y a sur Port Saint louis un micro climat engendré par la présence du Rhône ;
Par beau temps un nuage noir se forme en direction de Port Saint Louis, et le phénomène est observable par les marins à partir du large.
Il soutient que par beau temps, il y a une brise thermique qui se crée, à basse altitude, entre des installations industrielles « chaudes » et l’embouchure du Rhône (l’air chaud qui monte attire l’air froid en dessous, et c’est encore le cas en plein été lorsque la terre est très chaude par rapport à la mer).
L’eau plus froide du Rhône qui vient s’étaler à l’embouchure sur une eau de mer plus dense crée une tache froide, et donc une différence de potentiel thermique avec la terre et les installations qui émettent des fumées chaudes. Il y a donc à basse altitude un courant d’air à partir de la mer vers les installations industrielles, et à plus haute altitude un courant contraire des installations vers l’embouchure.
Quand l’air chaud pollué parvient au dessus de la mer il se refroidi, redescend, et referme le cycle. Tant et si bien que la quantité de polluant qui vient vers le centre ville de Port Saint Louis est plus importante que celle qui est calculée avec des données météos de Marignane.
Rien ne sera opposé à cette argumentation.
J’ai écouté avec attention l’exposé des promoteurs du projet et je suis, une fois de plus, atterré par ce que j’ai entendu de la part de scientifiques fussent ils les employés ou les fournisseurs de GDF SUEZ, ou même rapporteur de l’enquête publique. Je prend la parole et propose de faire une synthèse rapide de ce qui s’est dit ;
Je rappelle d’abord que la société GDF SUEZ reconnaît qu’elle émettra des oxydes d’azote et de souffre dans une région qui est déjà saturée par ce type de polluants.
D’après le registre officiel de l’union Européenne, E.P.E.R ( Européan, polluant, émission, register), et sur lequel les pollueurs déclarent eux-mêmes leurs rejets, ont s’aperçoit que les rejets en oxyde d’azote et de souffre approchent déjà respectivement les 30 000 tonnes par an (trente milles tonnes par an !); (Ascométal, Mittal, Esso, Lafarge, ARKEMA, Lyondel, etc).
Par ailleurs la consommation annuelle en carburant de la centrale, telle qu’elle est déclarée dans le prospectus s’élève à 350 000 tonnes de Gaz naturel liquéfié/an. Si l’on rajoute encore le comburant (air de combustion) nécessaire à brûler ce gaz, ce sera au final plus d’un million de tonnes de fumées qui sortiront des cheminées,
Les représentants de GDF acquiescent à cette estimation.
Et si on transforme le tout en mètres cubes, on parlera alors de milliards de mètres cubes de fumées qui s’échapperont des cheminées (densité d’environ 1 kg par m3 environ). Autant dire, que sans s’en rendre compte, les habitants de Port Saint louis auront toujours le nez dans les oxydes de souffre et d’azote.
On peut prendre un autre élément de comparaison avec l’automobile.
350 000 tonnes de gaz, dont la masse volumique à l’état liquide est d’environs 400 kg/m3, équivaut à 350 000/ 0.4 = 875 000 Mètres cube et donc 875 000 000 litres (huit cent soixante quinze millions de litre de carburant).
Cette quantité de carburant correspond à la quantité de carburant consommée dans l’année entière par un parc automobile de 875 000 véhicules (1000 litres par véhicules et par an en moyenne).
Ce qui est encore tout aussi grave c’est que les promoteurs parlent d’un intérêt commun entre les industriels et la région, et même d’une logique économique.
Or, et bien entendu, on « s’assoit » sur le volonté des riverains.
D’autre part, la crise qui se développe, et l’annonce de la fermeture provisoire des hauts fourneaux de MITTAL, démontre au contraire que la logique économique d’hier, basée sur une industrialisation lourde à outrance ne sera peut être pas celle de demain. On s’apercevra rapidement que la crise n’est pas que financière, mais qu’il y a une profonde mutation de notre manière de vivre et de consommer.
On utilisera de moins en moins nos voitures, et on passera progressivement d’une ère de la matière à une ère de l’information et du service.
Tel est le sens de l’histoire.
Il nous faudra bientôt, et pour sortir de ces crises rémanentes, une vraie politique des transports, de l’aménagement du territoire, de la santé, de la recherche, de l’enseignement, de l’agriculture locale.
Ceux qui espèrent un développement du port en volume de marchandises se trompe d’ailleurs depuis 10 ans, et pour preuve les objectifs ne sont jamais atteints. Il y aura toujours moins de matières à transporter, les échanges de valeurs se feront par l’information.
Il faut au contraire envisager de prendre le virage de la désindustrialisation de la zone pour bâtir une prospérité nouvelle sur d’autres activités, alors que notre région a beaucoup d’atout (l’informatique, les services, l’agriculture, le tourisme, les métiers de la mer, la logistique).
Pourquoi ne pas avoir l’ambition de devenir la Californie de l’Europe, plutôt qu’une poubelle géante ? Pourquoi ne pas créer des centres de recherche universitaires ultra modernes ? Développer la culture de l’olive que l’on appelle l’or vert ?
Le tissus industriel actuel résulte de décisions qui datent des années De gaulle, et notre région est aujourd’hui si polluée (plus de 17 sites classés Sévézo), que les autorités devrait la classer comme région « écologiquement indisponible ». De tels projets démontrent malheureusement que nous sommes toujours dans une logique industrielle apocalyptique.
Alors que le taux de cancer a progressé de 85% en quelques années, que les médecins se mobilisent, GDF Suez trouve pertinent de venir s’installer près d’un terminal méthanier, et bientôt un industriel pollueur trouvera à son tour pertinent de venir s’installer à côté de la centrale électrique.
C’est ainsi que si les centrales électriques à turbine à gaz ne sont pas les industries les plus polluantes, elles n’en restent pas moins une tête de pont pour des futurs pollueurs.
Thierry Tamisier. Le 7 novembre 2008.
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