Ce matin devant ma télé (samedi 21 fév), en regardant FR3, j’ai éprouvé autant de plaisir qu’un speaker argentin qui annonce un but de son équipe en finale de la coupe du Monde.
Je dois ce plaisir à la réponse de Jean Noël Guérini aux attaques du maire de Fos sur mer M. RAIMONDI, sur le dossier de l’incinérateur, et qu’il justifie au motif que si on le cherche on finit toujours par le trouver.
Alors qu’elle est cette réplique du berger à la bergère qui m’a procuré autant de plaisir ?
Elle se résume en un chiffre ; 50 !!
Ou plutôt 50 fois plus !!
C’est le rapport, selon JN Guérini, entre la pollution dégagée par l’incinérateur et celle bien supérieure dégagée actuellement par des industries comme Ascométal, Sollac (MITTAL) ou ESSO.
Enfin nous y voilà ! Et c’est peut être par là qu’il fallait commencer.
Pour qu’il n’y ait aucun doute sur l’affirmation de JN Guérini, précisons utilement, et à titre d’exemple, que l’usine MITTAL à Fos sur mer (ex Sollac) a une capacité de production d’aciers plats (bobines de tôles appelées coils en Anglais) de 750 T/h (sept cent cinquante tonnes heures en régime maxi).
Il y a en effet trois fours de réchauffage avant laminage de conception STEIN- HEURTEY (société d’ingénierie française), dont la capacité initiale était de 350 T/h chacun et qui avait été ensuite réduite à 250 T/h.
L’usine reçoit du minerai de fer qui est d’abord transformé en acier par un procédé de fusion (plus de 1500 °) et se présente alors sous forme de lingots de plusieurs tonnes appelés « brames » qui refroidissent jusqu’à 200° environs.
Coulée continue
Puis, Ces brames sont à nouveau réchauffées jusqu’à une température de 1480 ° avant d’être laminées à chaud jusqu’à de faibles épaisseurs de tôles, enroulées ensuite sous forme de bobine (d’où
l’ancien nom de Sollac ; Société Lorraine de Laminage A Chaud).
Le parc à brames « froides »
La sortie du four de réchauffage avant laminoir
Laminoir
Bobineuse
Il y a donc deux montées en température au delà de 1400 °c; d’abord pour fondre le minerai et fabriquer une brame, ensuite pour transformer la brame en feuilles de tôles par laminage à
chaud.
On imagine très bien, que compte tenu de la masse de matière concernée les quantités de carburants brûlés sont colossales. On ne chauffe pas l’acier jusqu'à fusion avec la même énergie qu’on brûle du carton et des produits ménagers.
Faisons un calcul simple ;
750 Tonnes d’acier à l’heure= 18 000 tonnes par jour = 558 000 tonnes par mois, soit 6 696 000 tonnes par An.
Telle est la capacité de production
maximale de Mittal à Fos sur mer !!
Halle de stockage
Six millions six cent quatre vingt seize mille tonnes d’acier par an, et réchauffées deux fois en utilisant notamment du fuel lourd et du gaz de four à coke qui ont un pourvoir polluant important.
Cette capacité maximale est à comparer aux ridicules 250 000 tonnes de déchets ménagers qui seront
brûlées par l’incinérateur qui, à côté, fera figure de barbecue à Merguez.
Malheureusement, il a déjà été clairement établi, sans nul doute, et dans d’autres régions ou ces barbecues à Merguez étaient installés, qu’il y avait une augmentation notable des cancers à
proximité de la zone.
C’est dire les conséquences sur la santé des populations que doit avoir par ailleurs une usine sidérurgique telle que celle de Mittal, et si on ajoute encore Ascometal, Esso, Meirex et autre……. Aïe ! Aïe ! Aïe!!
D’autant que Mittal à Fos sur mer fabrique des aciers spéciaux inoxydables, qui nécessitent d’utiliser des produits stabilisants comme le nickel, le chrome, le molybdène, le zinc et le cadmium qui est une impureté du ZINC.
A propos du cadmium qui avait fait l’objet d’un article sur ce blog, MITTAL reconnaît en rejeter à l’atmosphère plusieurs centaines de kilos par an, et notamment plus de 500 kg en 2003, 2004, 2005.
Ce chiffre est incontestable puisqu’il est déclaré par le pollueur lui-même sur le registre français des émetteurs de polluants.
|
ETABLISSEMENTS |
|
CADNIUM ET COMPOSES EMIS A L’ATMOSPHERE PAR kg ET par an |
||||
|
|
|
2007 |
2006 |
2005 |
2004 |
2003 |
|
MITTAL |
FOS |
196 |
215 |
514 |
634 |
523 |
|
ASCOMETAL |
FOS |
25 |
68 |
122 |
13 |
NC |
|
CENTRALE EDF |
MARTIGUES |
33 |
53 |
79 |
33 |
NC |
|
ENDESA |
MEYREUIL |
63 |
NC |
NC |
51 |
14 |
|
INEOS |
MARTIGUES |
NC |
30 |
NC |
18 |
NC |
|
KERNEOS |
FOS |
NC |
11 |
NC |
NC |
NC |
|
NAPHTACHIMIE |
MARTIGUES |
23 |
17 |
54 |
29 |
26 |
|
RAFFINERIE DE BERRE |
BERRE |
25 |
23 |
22 |
20 |
NC |
|
RAFFINERIE LA MEDE |
LA MEDE |
NC |
NC |
14 |
NC |
NC |
|
RAFFINERIE ESSO |
FOS |
62 |
16 |
NC |
35 |
20 |
|
MEREX |
ROGNAC |
NC |
16 |
NC |
NC |
NC |
|
UCB |
BERRE |
22 |
24 |
NC |
NC |
NC |
|
USINE DE L’AUBETTE |
BERRE |
28 |
29 |
NC |
NC |
NC |
|
|
Total en Kg/an |
476 |
502 |
805 |
832 |
583 |
Le cadmium est un produit reconnu cancérigène qui s’attaque aux os, à l’appareil urinaire, et aux poumons.
Trois des 10 principaux pollueurs français à émettre du cadmium sont situés à Fos ; Mittal, Esso et Ascométal.
Le cadmium est un perturbateur endocrinien fortement soupçonné pour expliquer l’infertilité.
En outre c’est un produit bio persistant qui n’est pas éliminé par le corps humain et qui se concentre dans la chaîne alimentaire.
Sachant que La dose mortelle pour l’homme est d’environ 0.2 grammes, cela signifie que chaque année on rejette à l’atmosphère suffisamment de poison pour tuer plus de deux millions de personnes.
Alors, bien sur, la pollution se disperse avec le vent dans la nature, mais le polluant se stockera tôt au tard dans les plantes puis sera transmis aux animaux, et finira un jour par coloniser entièrement la chaîne alimentaire.
Tant bien même ce processus prendrait des dizaines d’années il est inéluctable, d’autant qu’il est déjà en route depuis le début des années 70.
Ceci démontre, comme certains l’ont soutenu (avec trop peu d’échos), qu'il est incontournable que le problème de la pollution soit traité de manière globale, en incluant l'ensemble des pollueurs, mais aussi dans le cadre d'une vision économique de la zone à moyen terme.
A défaut d’apporter une réponse économique à la nécessaire mutation industrielle de la Zone, le pollueur apparaîtra toujours à tord comme un mal nécessaire.
Cela demandera du courage, du travail de remise en cause de principes économiques obsolètes, et que chacun renonce aux avantages personnels qu'il pourrait espérer
de sa compromission.
Cela m'inspire finalement un proverbe de Christophe Colomb qui disait ;
"Tout ce qui résulte du progrès humain ne peut se faire avec l'assentiment de tous, et ceux qui aperçoivent la lumière avant les autres sont condamnés à la suivre en dépit des autres".
Les salariés d'Ascométal ou de SOLLAC pourront toujours pleurer, la question de la désindustrialisation du
golfe de Fos dans sa configuration actuelle se posera nécessairement tôt ou tard et dans l'intérêt général.
Premièrement parce que la prospérité n'a malheureusement jamais été au rendez vous de ce type d'industries pour les populations locales malgré les milliers d’emplois qui sont toujours
annoncés.
Il est grand temps que les populations se montrent moins naïves sur ce point.
La preuve est faite, en effet, que nous avons paradoxalement à la fois une industrie lourde très présente, et malgré cela une situation sociale globale peu satisfaisante pour les riverains avec beaucoup de chômage.
Ce type d’industries n’est pas une fatalité, puisque la région avait une vie économique avant et elle en aura une après.
Notre région a de nombreux atouts qui pourront être valorisés, outre que le nécessaire chantier de dépollution du site devrait proposer encore des années de travail.
La question de la désindustrialisation doit encore se poser, pour éviter des situations idiotes ou on peu justifier d’une nouvelle pollution au prétexte qu’il y a en a déjà une plus importante.
Cette période actuelle de conflit ouvert entre élus d’un même bord est finalement très bénéfique à la réflexion, parce que les masques commencent à tomber et que l’on découvre le comportement ambivalent de chacun.
Le problème de l’industrie polluante c’est qu’elle réalise une convergence d’intérêt entre ;
D’une part, les élus auxquels elle apporte une manne financière énorme ce qui leur permet notamment de développer le clientélisme et, pour faire court, d’acheter les électeurs.
D’autre part, les syndicats qui prospèrent dans ce type d’activités dont ils tirent eux aussi une manne financière importante. On se rappellera certainement les déclarations publiques de représentants de la CGT locale qui disaient ; » Nous raserons tout à la première pierre ». Si telle était leur intention il y a un peu de retard dans le planning.
Ensuite, les industriels qui ne paieront jamais le véritable coût des dégâts occasionnés par des dizaines d’années de pollution.
Enfin, les salariés de ses entreprises qui croient, par ignorance, que les choses ne pourraient en être autrement, et qui au final seront les premiers à payer de leur propre santé.
En ce qui concerne ce dernier point, on peut mettre face à face l’intérêt de ses activités pour les salariés qui veulent préserver leur emploi, et la somme de 250 millions d’euros que le président du SAN ouest Provence serait prêt à verser pour transformer l’incinérateur en usine de méthanisation.
Avec 250 millions d’euros on pourrait en effet proposer une indemnité de licenciement de 100 000 euros aux 2500 personnes employées à SOLLAC, et il est probable qu’un grand nombre d’entre eux accepteraient.
D’autant que d’ici à 2010 Mittal annonce que 60% de l’effectif va partir à la retraite.
Voilà peut être une bonne occasion à saisir, dans le cas bien sur où on s’apercevrait d’ici là qu’il n’est plus raisonnable de continuer à polluer au rythme ou le fait Mittal actuellement.
Espérons le !
Publié par Thierry Tamisier, le 25 février 2009.
thierry.tamisier.13@orange.fr
A la première affirmation, on pourrait d'abord répondre que parmi les populations concernées, on trouve des purs autochtones qui n'ont pas choisi. Quant aux autres, les "Lorrains", c'est affirmer un peu trop rapidement que le libre-arbitre augustinien règne dans ce bas-monde.
Quant à la saillie guérinienne, elle laisse pantois. Elle est bien-sûr, comme tu le laisses sous-entendre, "insupportable de vérité" (Astérix et le chaudron). Mais pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt ? Je ne sais pas, moi, par exemple, entre janvier et mars 2008...
Au lieu de ça...
Je suis en campagne. Je ne suis pas sortant, je suis pratiquement sûr de ne pas être élu, alors je m'oppose avec véhémence. Manque de pot, je suis aux manettes et je reprends sans aucune honte les arguments de l'adversaire, jadis honnis. On pourrait disserter des heures sur le cas Guérini mais je ne suis pas sûr que cela en vaille la peine. En revanche, cela conforte ma conviction que les règles qui régissent les élections devraient être disputées (dans le sens médiéval du terme). Ces élections donnent des pouvoirs exorbitants, et en retour, il ne nous reste plus que la résignation, le suivisme ou la colère anxiogène.
Quant au un-peu-plus-un..., allons dans le mur et en klaxonnant. Face aux défis écologiques, j'ai bien peur que le débat (sain au demeurant) ne soit pas entre les "pour" et les "contre", mais que finalement "la troisième voie suicidaire" l'emporte.
Que cette parole soit émise par un responsable élu en dit long sur le possible avenir qui nous attend.