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Un journaliste allemand m'a dit : " j'espère qu'après cela les journaux français ne parleront plus d' Oradour sur Glane "(Docteur André FOURNIER Hôpital d’Alger).
Le 26 mars 1962, les pieds noirs manifestent à Alger en direction du quartier Bab el oued.
Dans le cortège, les mères de familles sont accompagnées par leurs jeunes enfants, pour une marche pacifique qui se déroule dans le calme, par une belle journée de printemps.
Arrivé à l’angle de la rue d’Isly le cortége rencontre un barrage mis en place par les militaires français et tenu par une vingtaine de soldats du 4° régiment de tirailleurs Algériens commandé par un lieutenant.
Quelques manifestant traversent le barrage sans heurt ni violence puis c’est le drame ! Agissant sur ordre, les soldats ouvrent le feu à hauteur d’homme avec des armes automatiques ; C’est un carnage ! 10 minutes plus tard, plusieurs centaines de personnes gisent dans une marre de sang.
On dénombrera au moins 80 morts et plus de 300 blessés graves pour ce qui restera ; « l’assassinat des Français, par des militaires français, au nom de ce que certains ont appelé; la « Déraison » d’état ».
Alger 26 mars 1962 ; Ce jour-là pour la première fois depuis la Commune de Paris en 1870, une foule française a été mitraillée par ses propres soldats sur ordre du sommet de l'Etat.
Je n’en avais jamais entendu parlé, jamais ! Ni pendant mes études, ni à la télé, jusqu’à ce que je tombe par hasard sur un documentaire diffusé sur une chaîne satellite et qui m’a profondément interpellé.
Je connaissais,
par contre, « Bloody Sunday », le dimanche sanglant ou une douzaine de manifestants pacifistes irlandais avait été tués par l’armée britannique et dont l’histoire est reprise
dans le plus célèbre tube du groupe de rock U2.
Imaginez un instant le nombre de balles qui ont été tirées sur les pieds noirs qui s’étaient tous
couchés à terre au premier coup de feu, ou avaient trouvé refuge dans les cages d’immeubles, pour faire autant de victimes, alors que certains corps étaient criblés d’impact, et qu’il n’y
avait qu’une poignée de soldat pour tirer.
Alors combien de balles tirées ? Milles au moins, probablement plus, on ne le sait pas.
Une chose est sure ; La France n’a pas fini son travail de mémoire, spécialement sur cette
période souvent appelé pudiquement « les évènements d’Algérie », et que pieds noirs et musulmans auront payé trop cher.
Que c’est il donc passé entre le « je vous ai compris de De Gaulle en 1958 » , et cet horrible massacre qui précipitera le retour des pieds noir ? Le général De Gaulle restera le personnage incontournable de cette époque ;
Rappelé au pouvoir en 1958, ses idées bien arrêtées sur
la réforme des institutions françaises, et un sentiment très hostile à l’égard des populations d’Afrique du nord, nous permettent de mieux comprendre ses positions.
Or, L’élection du président de la république au suffrage universel était tout à fait incompatible avec « l’idée » d’une Algérie Française, pour un futur président qui n’imaginait pas de faire voter les algériens. Dès lors, si De gaulle avait décidé que le président de la république serait élu au suffrage universel, le sort de l’Algérie et des pieds noirs était malheureusement scellé.
La rapidité avec laquelle il entendait mener cette réforme constitutionnelle n’ouvrait la porte à
aucun compromis politique élaboré dans le temps qui aurait permis aux pieds noirs de rester en Algérie. Quant à sa considération à l’égard des peuples d’Afrique du nord, ses nombreuses
citations dont vous trouverez ci après un échantillonnage sont sans équivoque :
* - « Les Arabes ce n’est rien. Jamais on n’a vu des Arabes construire des routes, des barrages, des usines … Ce sont d’habiles politiques. Ils sont habiles comme des mendiants ».(La Tragédie du Général- op.cit.)
* - « Nous sommes quand même avant tout un peuple européen
de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de
nouveau. Les Arabes sont les Arabes, les Français sont les Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront peut-être vingt millions
et après-demain quarante ? Si nous faisons l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer
en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises mais
Colombey-les-Deux-Mosquées ! »(Cité par Benjamin Stora – Le Transfert d’une Mémoire – Ed. La découverte –
1999).
C’est le début de la bataille de Bab el oued bientôt transformé en ghetto par les forces
françaises.
"Le mot d' ordre est venu de l'oas , mais c' est le "téléphone arabe" qui a fait le reste, les gens sont
descendus spontanément dans la rue, rien n' a été organisé, cela d'ailleurs était absolument impossible à réaliser. Il me parait très important que vous
rectifiez ce point. Bien cordialement, NICOLE FERRANDIS, ASSOCIATION DES FAMILLES DES VICTIMES DU
26 MARS 1962."
Il semble au contraire que les soldats ont délibérément tiré sur la foule à hauteur d’homme, et que
certains manifestants ont même été achevés à bout portant.
Le Professeur Jacques BARSOTTI déclare : Nous sommes allés à la morgue de l'hôpital voir les cadavres qui s'y entassaient dans le plus grand désordre. C'est une vision dramatique que ces tas humains amoncelés pêle-mêle les uns sur les autres que les familles essayaient de reconnaître, en tirant sur les bras ou sur les jambes pour les sortir du tas. Il y a enfin les blessés et les cadavres des soldats pris sous leur propre feu, encore moins officiels et dont l'Armée n'en a jamais publié le moindre écho. Un commandant des Forces Armées en Algérie reconnaît, pourtant, trois tirailleurs et un CRS tués et trois blessés. Par qui ? Par quelles armes ? Ce commandant se plaint d'une insurrection armée mais se montre bien incapable d'en fournir la preuve. - " Une femme, place de la Poste, blessée, gisait sur le dos. Un soldat musulman l'achève d'une rafale. L'officier présent abat le soldat (Professeur Pierre GOINARD) – Martial TRO, Commis principal à l'hôpital Mustapha témoigne : " Alors sont arrivés des camions militaires, des Dodges. Ils débordaient de blessés, de morts, mélangés, entassés. On les déversait comme des sacs de farine. On lâchait les ridelles et tout tombait sur les côtés. Nous n'avions pas de brancardiers. Les Sœurs et les médecins ont commencé le transport. Le premier que je prends dans mes bras c'est le docteur MASSONAT. Il était là dans mes bras, il me vomissait dessus ...J'ai fait le tri des morts et des blessés. Au dépôt mortuaire on les mettait les uns sur les autres. Quand on voulait voir un mort il fallait le chercher, débarrasser un tas de cadavres pour le trouver. C'était épouvantable. On dit qu'il y a eu 80 morts. Moi je ne travaillais pas aux services administratifs, je ne peux pas citer de noms mais je dis qu'il y avait 120 morts. A cette époque, ceux dont on ne réclamait pas le corps, parce que c'étaient des gens de passage ou pour d'autres raisons, ceux-là étaient emmenés le soir à la sauvette, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens, au cimetière d'El Halia, directement la nuit. L'aumônier a protesté officiellement. Il a été expédié à Paris tout de suite. Un petit musulman travaillait à l'hôpital. Il a aidé à transporter les blessés. Il a été repéré. Le FLN l'a assassiné le lendemain. Le Docteur André FOURNIER précise : Á l'hôpital, l'après-midi s'est passée à recevoir et soigner les blessés qui arrivaient. Dans la soirée je suis allé à la morgue où étaient entassés les cadavres des victimes. J'ai notamment encore le souvenir très vif de deux très jeunes filles, deux sœurs qui avaient été tuées à bout touchant. Révolté par ce spectacle, j'ai alors téléphoné à un ami en lui demandant de rassembler dans les hôtels le plus possible de journalistes et les emmener à l'hôpital. Il en est venu un certain nombre français et étrangers. Je puis citer deux de leurs réactions : 1) un journaliste allemand m'a dit : " j'espère qu'après cela les journaux français ne parleront plus d'Oradour sur Glane " , 2) deux journalistes français du Monde : l'un n'a pas pu supporter le spectacle et est sorti pour vomir et l'autre a dit " ça ne passera pas à la Rédaction " . Nous sommes d'une civilisation trop sensible. Pour d’autres témoignages ; http://www.cerclealgerianiste-lyon.org/26mars62.html. La fusillade de la rue d'Isly marque la fin des espérances européennes dans l'OAS et par ricochet le début de l'exode massif des Européens d'Algérie. Elle constitue, avec l'échec de la prise de Bab el Oued, un échec majeur pour l'OAS. Pas plus que pour le massacre du 17 octobre 1961 ou pour l'affaire du métro Charonne, il n'y a eu à ce jour de commission d'enquête officielle créée pour éclaircir les faits et les responsabilités dans cette fusillade. A titre de comparaison avec le « Bloody Sunday » Irlandais, rappelons que le Premier ministre Britannique Tony Blair fit ouvrir une nouvelle enquête le 29 janvier 1998, veille de la commémoration annuelle de la tragédie. L'enquête a été confiée au juge Mark Saville, assisté de magistrats canadiens et australiens. Entre 1998 et novembre 2004, 921 témoins furent entendus et 1555 témoignages écrits furent examinés. Plusieurs soldats avoueront avoir menti lors de leurs dépositions précédentes et reconnaîtront que les victimes étaient désarmées. Le rapport final était attendu en 2007.
Nous devons la reconnaissance de ce drame aux pieds noirs pour leur permettre de faire enfin le
deuil.
N’oublions jamais que si le Gaullisme c'est l’appel du 18 juin, cela restera aussi le 26
mars 1962. |