Vendredi 18 mars 2011 5 18 /03 /Mars /2011 14:51

 

Pourquoi le « syndrome chinois » ?

 

Il faut d’abord comprendre la mécanique d’ensemble assez simple d’une centrale nucléaire, pour reconstituer les évènements et imaginer la suite.

 

Comment produit on  de l’électricité ?

 

Pour produire de l’électricité on utilise des turbines qui sont alimentées par de la vapeur. Une centrale nucléaire sert donc avant tout à produire de la vapeur. Pour cela il y a deux circuits d’eau distincts et étanches l’un par rapport à l’autre ; le circuit primaire raccordé au réacteur, et le circuit secondaire raccordé aux turbines.

 

Dans le circuit primaire l’eau vient se charger en énergie au contact du cœur du réacteur nucléaire, en même temps qu’elle refroidie ce cœur et évite sa surchauffe. Cette eau va ensuite céder sa chaleur à l’eau du circuit secondaire qui va se transformer en vapeur (dans le générateur de vapeur. Les deux courants d’eau ne se mélangent pas et la transmission de chaleur s’effectue au travers de parois étanches.

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La genèse d’une catastrophe.

 

Pour mieux refroidir le cœur, et toujours rester à l’état liquide, l’eau du circuit primaire est maintenue sous pression.

 

Et c’est de là que l’incident grave peut démarrer !

 

Si pour une raison quelconque la pression diminue dans le circuit primaire, panne des pompes ou fuite dans le circuit, la pression baisse et l’eau du circuit primaire se met à bouillir et se transforme en vapeur, ce qui a trois conséquences qui s’enchainent de manière quasi chronologique.

 

- En passant de l’état liquide à l’état gazeux l’eau perd de sa capacité de refroidissement, et  se transforme ensuite en hydrogène par un craquage de la molécule d’eau.

 

-Le cœur du réacteur mal refroidi par de l’eau qui se vaporise monte alors en température jusqu’à la fusion des barres de combustible.

 

C’est à ce moment là qu’il faut réagir rapidement en diminuant la puissance du réacteur et en mettant en marche des pompes de secours.

 

A défaut, l’hydrogène s’accumule et fini par exploser ce qui endommage le circuit de refroidissement et éventuellement l’enceinte de confinement du réacteur qui peut dès lors se retrouver à l’air libre. Le niveau de radiation devient insupportable pour l’homme dans sa proximité immédiate, et entraine le rejet à l’atmosphère de fumées contenant des produits radioactifs.

 

C’est le scénario Tchernobyl.

 

A Tchernobyl l’incident est la conséquence d’une erreur humaine. Pendant la nuit il avait été décidé d’effectuer des essais de simulation d’incidents qui ont finalement conduit à provoquer un incident réel ; Il s’agissait de se mettre en situation d’utiliser les pompes de secours du circuit primaire. Les pompes principales ont donc été arrêtées pour mettre en route les pompes de secours auxiliaires.

 

Jusque là tout allait bien sauf que… ;

 

Le débit des pompes auxiliaires était trop important, ce qui eu pour effet de faire chuter la température du réacteur. Pour contrer ce phénomène, le technicien qui commandait le réacteur l’a mis à pleine puissance alors qu’au même moment celui qui commandait les pompes, et qui se trouvait à un endroit différent, réajustait le débit des pompes à la baisse.

 

Après on sait ce qui s’est passé ; avec moins de débit et plus de chaleur l’eau se met à bouillir, puis dégagement d’hydrogène et explosion.

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Que c’est il passé à Fukushima ?

 

A Fukushima on ne sait pas grand-chose sur les évènements qui ont entrainé l’incident, le tremblement de terre ou le tsunami ?

 

Ce dont on est certain c’est que les pompes du circuit primaire sont tombées en panne et que les pompes du circuit secondaire étaient hors service, probablement en raison du tsunami.

 

D’où une surchauffe de l’eau dans le circuit primaire qui se met à bouillir, puis dégagement d’hydrogène et explosion, alors qu’en même temps le cœur surchauffe et risque de fondre. La question est encore de savoir ou se sont produits les explosions et si les enceintes de confinement des réacteurs ont explosé.

 

Il ne faut pas confondre deux effets distincts de la catastrophe ; D’une part les produits volatiles et dangereux qui s’échappent des enceintes de confinement et peuvent être transportés sur des milliers de kilomètres au gré des vents, et d’autre part les radiations émises par le cœur et dont les effets sont localisés aux environs directs de celui-ci, empêchant de mettre en oeuvre des opérations de réparation au risque d’exposer le personnel à une irradiation mortelle.

 

Dès lors que l’on ne peut plus intervenir pour réparer, la situation ne peut que se dégrader avec des émanations de plus en plus importantes, et le cœur qui se met à fondre.

 

Les composantes du problème ;  vers le bas et vers le haut

 

-Vers le bas, car le cœur en fusion a un pouvoir de perforation tel qu’il s’enfonce dans le sol et qu’ au moment de l’incident sur la centrale américaine il y avait été estime qu’il y avait suffisamment d’énergie pour transpercer la terre de part en part.

 

Et sous les pieds des américains se trouve la chine, d’où le nom de « syndrome chinois » pour le scénario d’un cœur en fusion qui transpercerait la terre de par en part. En réalité cela ne se produirait pas de la sorte puisque dès que le réacteur en fusion atteindrait une nappe phréatique il ferait exploser l’écorce terrestre.

 

C’est pour pallier à cet enfoncement que les russes ont creusé un tunnel sous la centrale de Tchernobyl pour y couler du béton et empêcher le cœur de s’enfoncer.

 

-Vers le haut en raison des émanations et du nuage. Toutefois les produits dangereux emportés par le nuage se diluent et on ne connaît pas non plus les quantités de produits qui se sont échappés.

 

Mais ne soyez pas naïfs !

 

 Même s’ils ne le disent pas, nos spécialistes français du nucléaire ont suffisamment d’informations et de moyens de calculs pour connaître exactement la situation à Fukushima, et si la situation était sous contrôle il serait très heureux de nous l’expliquer en détail schémas à l’appui. Ils ne le font pas et c’est précisément ce qui m’inquiète.

 

A l’heure ou j’écris cet article (vendredi 17 mars)  les installations de refroidissement n’ont toujours pas été remises en route, à supposé qu’elles soient encore efficace pour refroidir des réacteurs qui nécessitent des débits très importants et que les circuits ne soient pas endommagés.

 

Je ne crois pas non plus que les Hélicoptères qui envoient quelque milliers de litre d’eau largués à plus de 100 mètres au dessus du réacteur soient très efficaces.

 

Alors comparons avec Tchernobyl.

 

Commençons par un point égoïstement positif ; C’est notre éloignement du lieu du sinistre, de 10 à 15000 kilomètres selon le parcours des vents.

 

Pour le reste il y a beaucoup de points plus sombres.

 

Tout d’abord, il n’y a plus un seul mais 4 réacteurs dans une situation critique et auxquels il faut ajouter le combustible dans les piscines.

 

Et enfin et surtout, Fukushima aura t’il ses « liquidateurs » ? Ces centaines de pauvres travailleurs qui ont travaillé à Tchernobyl après l’incident, comme si de rien n’était, au péril de leur vie et dont la majorité sont morts. Mais à l’époque nous étions dans l’ex URSS avec une culture particulière.

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Parce que telle est là la réalité, et d’une cruauté absolu, et j’en viens à m’effrayer moi-même en écrivant ces quelques lignes; après une explosion il est quasiment impossible d’intervenir sans envoyer des gens à une mort certaine, or il est nécessaire d’intervenir sur place pour éviter que la catastrophe ne soit encore plus grave.

 

Car à quoi doit ressembler le réacteur après une explosion ? Certainement à un amas de gravas et de ferrailles.

 

Pourtant ne va-t-il pas falloir déblayer pour arriver à refroidir le cœur correctement ?! Et si le cœur fond il faudra bien couler du béton au dessous ?!

 

Alors qui est volontaire dans les familles des pro-nucléaires Français ?  Le neveu de Anne Lauvergeon ? Les enfants de Bernard Kouchner ? Le fils de notre président ?

 

Je suis horrifié quand certains intervenants dans des émissions de télé comparent les 4000 morts de Tchernobyl au 4000 morts par an sur les routes de France. Si on continue comme ça on rangera bientôt les héros morts de Tchernobyl au rang de « simple détail de l’histoire » du nucléaire.

 

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  (interventions des liquidateurs condamnés à mort et qui ramassent le combustible irradié dans des seaus)

 

Il sera bientôt l’heure de remettre devant les yeux du monde les photos horribles de l’effet de la radioactivité sur les enfants de Tchernobyl, et nous verrons bien dès lors s’il est encore possible de comparer ses effets avec les statistiques des morts sur les routes.

 

Ce serait très intéressant que M. Kouchner soit invité à les commenter dans une émission de TV.

 

Au 20 ° siècle on réglait les situations critiques en temps de guerre avec de la chair à canon, et aujourd'hui ? les situations de crise dans le nucléaire se surmontent elles  avec autre chose que de la chair à Neutron ? et la mort est encore plus atroce.

 

Dans l’état actuel des choses je ne suis pas certains qu’il y ait autant de volontaire à Fukushima que ce qu’il y en a eu à Tchernobyl, le japon ne vit plus à l’époque des Kamikazes.

 

Faudra t’il sortir du nucléaire ? Affirmatif. Pourquoi ?

 

Parce que;

 

- Les 20 dernières années ont démontré que les incidents sont nombreux ; dont trois accidents graves et deux catastrophes et quelque soit la technologie employée et le pays concerné. On nous a incité à croire que les centrales russes étaient dépassées, et aujourd’hui les japonais ? et demain les roumains, les indiens, les français?

 

- Chacune des catastrophes se réalise selon des scénarios très différents et parfois improbables.

 

- On ne peut pas faire confiance aux exploitants des centrales qui ont trop tendance à considérer des accidents possible comme improbable : Il était tout a fait prévisible qu’un tsunami puisse toucher le japon ce qui ne les a pas empêché de continuer à exploiter une centrale au bord de mer et sans plus de précautions.

 

- Des qu’une explosion se produit il devient quasiment impossible de réparer sans envoyer des gens à une mort certaine et à supposer encore qu’il y ait des volontaires.

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- Une catastrophe peut rayer de la carte un pays entier.

 

- Que va-t-il se passer lorsque le parc de centrales nucléaires mondial va doubler ou tripler, notamment pour équiper l’Afrique. Jusqu’à quand pourrons-nous refuser d’équiper certains pays, dans une situation de concurrence du marché du nucléaire, tout en continuant nous même à utiliser le nucléaire ?  (On était prêt à vendre des centrales à Kadhafi)

 

-Quel serait le vrai cout de l’électricité si l’on intégrait dans le calcul le cout réel d’une catastrophe nucléaire.

 

Comment en sortir ?

 

Tout d’abord ne manquons pas une formidable opportunité de repenser notre mode de vie et échapper au diktat des lobbies qui nous incitent à consommer toujours plus et mal, et nous conduisent vers une économie de l’apocalypse.

 

La vraie révolution consiste à résister à tous ceux qui utilisent la force de médias pour nous présenter les choses comme un mal nécessaire, et comme si la France n’avait jamais existé avant le nucléaire.

 

Ensuite la bonne gestion de l’énergie passera certainement par une modification de nos comportements car nous ne pouvons continuer à gaspiller autant d’énergie.

 

Espérons que tout cela fera débat.

 

Thierry Tamisier le 17 mars 2011

 

 

 

 

 

 

Par Le juge est en marche
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