|
L’écologie politique est elle compatible avec les partis de masse ?
La progression d’Europe écologie aux élections Européennes 2009 a montré l’importance des questions d’environnement dans le choix des électeurs. Le vote « écolo » n’a certes rien d’exceptionnel, et les verts ont déjà réalisé des scores très honorables. Mais ce qui est nouveau, c’est la transformation actuelle en courant de masse. Aux Européennes, « Europe écologie » devenait la troisième force politique nationale, et les sondages pour les régionales 2010 démontrent que « l’alliance verte » pourrait talonner le PS.
Alors pourquoi subitement une telle percée ? Ce passage de la marginalité à la masse cache t’il une dérive populiste ? Ce qui in fine, nous ramènerait à une question essentielle; Et le militant écolo dans tout ça ?
Il n’est pas facile d’identifier des évènements intervenus depuis cinq ans, et que l’on pourrait considérer comme facteurs déclenchant de cette irrésistible ascension; L’accident de Tchernobyl ou de Bopal, les essais nucléaires et le scandale de l’amiante, datent de plus de 15 ans, et cela fait bien longtemps que le cancer n’est plus une maladie réservée aux seuls alcooliques et fumeurs. Ceux qui font état du réchauffement climatique ont noté une évolution entre 1978 et 1998, sans aggravation depuis, et nous n’avons pas attendu le 21° siècle pour réaliser les problèmes de la faim dans le monde ou celui de la surpopulation. Les émissions de Nicolas Hulot ont plus de vingt ans, et pesé beaucoup plus sur la conscience collective que les derniers films documentaires sur la planète. En outre, la question du nucléaire civil ne semble plus passionner les foules, crise du pétrole oblige, et certains progrès notoires ont été réalisés en matière de diminution des rejets industriels, même si la situation n’est toujours pas satisfaisante, pas moins d’ailleurs qu’il y a vingt ans. Bref, il est fort probable que la prise de conscience de nos concitoyens sur la préservation de la planète ne date pas d’hier.
Toutefois, de la conscience au vote, il y avait un pas qui restait à
franchir, et auquel ne sont jamais totalement parvenus à nous inviter les leaders successifs estampillés écolos jusqu'à la moelle , qu’étaient les Voynet, Waechter, Lipietz, et autre
Lalonde. A l’époque des essais nucléaires, de Tchernobyl, du scandale de l’amiante, du plomb (métal Europe) et des marées noires, les
conditions semblaient pourtant beaucoup plus favorables. Le succès des verts tiendrait il, dès lors, aux seules personnalités du trio Bové, Joly Cohn Bendit ?
La encore on peut douter. D’abord parce que José Bové s’était déjà présenté à des élections en obtenant des scores marginaux. Ensuite parce qu’Eva Joly, n’est pas des plus charismatique, et qu’elle est une invitée de dernière minute dans le mouvement, quand à Cohn Bendit il cherche la fortune politique depuis 1968. Le succès d’Europe écologie ne tiendrait pas plus à leur programme dont je reste persuadé que 99% de leurs électeurs seraient bien incapables de se rappeler une seule idée. Non ce qui a fait le succès c’est la force de l’enseigne, «- E-CO-LO-GIE ».
Et le signal est probablement venu du haut comme d’habitude. Il fallait qu’une autorité légitime conforte l’électeur dans l’idée que l’écologie était un sujet central qui devait accéder à un rang politique supérieur. Les conditions étaient réunies pour l’explosion, il restait à allumer la mèche. Nicolas Sarkozy, très aux faits de ce que ressentent les français, avait bien compris que le débat politique autour des questions d’écologie deviendrait un enjeu majeur, du reste il n’était pas le seul. Après la fracture sociale qui avait permis au représentant UMP de l’époque, Jacques Chirac, de draguer une peu à gauche, l’identité nationale et le travailler plus de Nicolas Sarkozy pour séduire son aile droite et libérale, il ne restait plus qu’â devenir le gynécologue obstétricien de l’écologie, celui qui lui ferait pousser ses premiers cris de… Victoire.
Pour cela il fallait un évènement d’envergure, un débat, ouvert à d’autres intervenants que les seuls élus de notre démocratie représentative, au delà des collèges de scientifiques, mais visant quand même à prendre des décisions importantes. Dès lors l’appellation Grenelle était bien trouvée pour rappeler, par analogie avec 1968, qu’il s’agissait d’une consultation publique sur un sujet majeur.
Ainsi, Nicolas Sarkozy a réussi à ne pas laisser à la gauche le monopole de ce thème, et transformé par effet collatéral une conscience sociale en déterminant politique. On peut toutefois douter qu’il en ait prévu tous les effets, car si les hommes font l’histoire... ils ne savent pas l’histoire qu’ils font.
Ces dernières années, certaines personnalités ont soutenu l’idée
selon laquelle l’écologie n’était plus le problème, mais la solution au problème, Corinne Lepage en tête. Notamment en terme d’emploi lorsque l’on faisait état des marchés qui
restaient à développer en matière de déchets ou d’énergies renouvelables.
Notre bébé est peut être bien né, mais il ne va pas encore au
pot; plus surement son éducation reste à faire. Car s’emballer pour l’écologie ne doit pas conduire à reprendre à son compte toutes les
hypothèses les plus farfelues, comme on le voit trop souvent aujourd’hui au sujet du réchauffement climatique.
Je notais cette semaine qu’à la fac de droit d’Aix en Provence une conférence serait donnée sur le thème ; « réchauffement climatique : peut on encore en débattre ? » ouf, je me sentirais presque moins seul. Mais la solitude n’est elle pas une condamnation inévitable pour celui qui avance au détriment du confort de l’idée reçue, et cultive le paradoxe qui consiste à observer les choses avec beaucoup d’émerveillement en conservant un scepticisme viscéral. D’ailleurs, le militant écolo, est il finalement autre chose qu’une simple sentinelle, aux avant postes, et chargée de prévenir de l’arrivée d’un probable danger.
Christophe Colomb le disait déjà ; « tout ce qui résulte du progrès humain ne peut se faire avec l’assentiment de tous, et ceux qui ont aperçu la lumière avant les autres sont condamnés
à la suivre en dépit des autres. »
Là encore, je suis sceptique !
Thierry Tamisier le 24 novembre 2009.
Explication de texte ;
Cet article est probablement celui qui m’a demandé le plus d’efforts. Le résultat est assez dense et ne sera peut être pas facile à lire pour tous. Aussi, je vous dois une explication de texte car, après tant d’efforts, cela m’ennuierait que le message ne soit pas compris. Explications ;
Je constate qu’avec des scores supérieurs à 16 % les verts ne sont plus un parti marginal. J’émets ensuite l’hypothèse selon laquelle le Grenelle de l’environnement aurait joué un rôle déterminant pour transformer une fibre écologiste construite sur des dizaines d’années, en une décision de voter « vert ». Je me demande enfin si une dérive « populiste » de l’écologie politique ne serait pas la conséquence inévitable de l’accession des verts au rang de partie de masse. Cette dérive se traduirait par la mise au rancart d’une certaine élite intellectuelle par un peuple conduit par des animateurs de télé, et qui s’autoriserait à parler de tout pour dire n’importe quoi, sur des sujets par nature très compliqués.
Et de me demander si finalement, la promotion des valeurs de l’écologie
ne perdra pas l’essentiel de sa force lorsqu’elle sera soutenue par des partis majoritaires, et si à contrario, et compte tenu de leur nature, ses valeurs ne seront jamais mieux défendues
que par des organisations marginales au plan politique (associations et petits partis). (Le populisme désigne un type de discours et de courant politique, critiquant les élites et prônant le recours au peuple (d’où son nom), s’incarnant dans une figure charismatique et soutenu par un parti acquis à ce corpus idéologique[1]. Il suppose l'existence d'une démocratie représentative qu’il critique. C'est pourquoi ses manifestations ont réapparu avec l'émergence des démocraties modernes, après avoir connu selon certains historiens une première existence sous la République romaine.)
|