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Les voies d’accès
dérogatoires à des professions pourtant très règlementées ont été remises en lumière, à la faveur de
quelques cas très médiatiques. Il s’agit d’obtenir l’autorisation d’exercer une profession, sans se présenter aux examens d’accès habituels, ni même de justifier des diplômes de base
nécessaires. Tel est le cas des professions d’avocat et de magistrat, qui en dehors des voies d’accès habituelles prévoient un régime dérogatoire, sous « conditions cumulatives de parcours professionnel et de diplômes", pour le candidat ayant acquis d’une autre façon les compétences
nécessaires.
Pour exercer le métier d’avocat ou de magistrat, il faut en principe avoir obtenu une maîtrise de
droit (bac+4), et réussir l’examen d’entrée à l’école nationale de la magistrature (ENM) ou au centre régional de formation des avocats (CRFPA). C’est ainsi que les étudiants accèdent à
ces professions après 6 à 7 années d’études au cours desquelles ils ont analysé quelques milliers de décisions de justice et avalé des piles entières de documents.
Les responsables politiques tentés par le métier d'avocat sont de plus en plus nombreux, en particulier au barreau de Paris, qui réunit plus de 40 % des 50.000 avocats français, a bénéficier de ce régime dérogatoire ; C'est notamment le cas des UMP Frédéric Lefebvre, Dominique de Villepin, du Vert Noël Mamère et des socialistes Christophe Caresche et Jean Glavany. Ce fut encore le cas de Rachida Dati qui a accédé à la magistrature sur équivalence, et plus récemment de Julien Dray qui fait valoir son droit au régime dérogatoire alors qu’il n’est titulaire que d'une licence d'histoire-géographie et d'un DEA de sciences économiques qui n’ont pas grand rapport avec la matière concernée.
Si on peut reconnaître le bien fondé de ces régimes dérogatoires pour des candidats ayant le diplôme de base (la maitrise de droit) et qui dans le cadre de leur activité professionnelle ont une activité juridique, cela est plus discutable dès lors que ce régime bénéficie à ceux qui n’ont même pas la formation de base ; On se demande bien ce que Julien Dray pourrait d’ailleurs raconter à un juge aux affaires familiales. Cette voie dérogatoire pourrait toutefois devenir celle du salut pour entretenir une certaine race d’avocats, celui qui a du poil au menton, le fameux mâle blanc, et voué à disparaître des barreaux français.
Aujourd’hui, les statistiques publiées par le ministère de la justice font état d’un peu plus de 45 000 avocats sur le territoire français et répartis inégalement entre les zones géographiques, ou la concentration par habitant peut varier de 1 à 100 (868 avocats pour 100 000 habitants à paris), avec 46 % d’avocates. Mais cette répartition homme /femme ne devrait pas rester en l’état. Les mêmes statistiques de 2006 mentionnent déjà une majorité de femmes parmi les avocats stagiaires (60%) ce qui laisse présager une féminisation croissante de la profession. L’effectif des femmes avocates en France s’est déjà accru de 51 % en neuf ans, de 1997 à 2007. D’autre part, si l’on s’en tient aux résultats de l’examen d’accès au CRFPA à Aix en Provence 2009 on peut statistiquement estimer que d’ici quelques années nous ne rencontrerons pratiquement plus d’avocats avec du poil au menton à la barre de nos tribunaux. En effet, en 2009, sur 600 candidats à l’examen d’accès au Centre de formation des avocats à Aix, 90 étudiants ont été reçus dont seulement 14 garçons.
Actuellement les barreaux du ressort de la cour d’appel d’Aix en Provence comptent plus de 4.000 avocats en activité, soit environs 2000 (la moitié) sont des hommes qui prendront tous leur retraite au plus tard dans les 30 ans à venir.
Or si les statistiques de réussite de l’examen à la profession d’avocat à Aix devaient se confirmer, ce qui semble plausible compte tenu de la concentration de filles dans les premières années de fac de droit, le nombre d’avocats hommes s’effondrerait de 75% dans les années à venir, puisque dans le même temps on n’en produirait que 420 (14 reçus par an pendant 30 ans) au lieu de 2000 actuellement.
Dans les années à venir on peut donc s’attendre à une féminisation croissante de la profession d’avocat et de magistrat, et d’un vieillissement de l’âge moyen des avocats mâle.
A cela on peut imaginer plusieurs conséquences ;
Cette nouvelle distribution pourrait avoir des conséquences sur la structure même de la profession d’avocat. En effet les femmes sont beaucoup plus portées que les hommes vers un statut de simple collaborateur ou de salarié non associé, à l’inverse des hommes qui préfèrent le statut d’indépendant. Sur ces considérations on devrait donc évoluer vers des sociétés d’avocats moins nombreuses mais comprenant beaucoup plus de collaborateurs, ce que l’on appellerait aujourd’hui les grands cabinets.
Qui seront les futurs ténors du barreau à la place des Vergèze, Collards et autres grandes gueules des prétoires ?
« Certaines femmes estiment devoir abandonner leur métier pour faire des enfants ou ne prétendront jamais à l'association par crainte de ne plus pouvoir concilier vie professionnelle et vie privée. Un « plafond de verre » dont on ne peut nier l'existence mais dont les hommes ne sont pas toujours responsables car les femmes pratiquent volontiers l'autocensure. » Olivia Dufour ; JURIFORUM.
« Le nombre de femmes collaboratrices sont majoritaires dans les cabinets d’affaires en France mais le nombre d’associées stagnent autour de 20% » ;(Caura Barszcz, journaliste spécialisée, directeur de la publication du bimensuel Juristes associés).
En savoir plus ; http://cnb.avocat.fr/Feminisation-de-la-profession-les-femmes-ont-elles-un-avenir-dans-les-cabinets-d-affaires_a786.html
Alors comment expliquer la féminisation des professions d’avocat et de magistrats ?
Aucune des explications que j’ai pu relever lors de mes recherches sur le net, ne m’ont parues suffisamment pertinentes pour être reproduites ici. Il existe certes des argumentations qui expliquent que le pourcentage des femmes dans les professions juridiques se rapproche de celui des hommes (50/50).
Aujourd’hui, toutefois, il ne s’agit pas d’un simple rééquilibrage, mais d’un phénomène qui devrait s’amplifier pour que les femmes représentent très bientôt plus de 75% des membres des professions juridiques. A moins que des rééquilibrages soient effectués par la voie d’un régime dérogatoire ; une sorte de discrimination positive au bénéfice du « jeune mâle blanc » en voie de disparition (comme l’a nommé Anne Lauvergeon ; voir article sur le recrutement d’Aréva).
La seule hypothèse que je pourrais avancer serait que les garçons, qui sont plus intéressés par l’idée de se former que celle de s’instruire, se désintéresse d’un cursus universitaire dont l’issu apparait très aléatoire malgré des études longues et contraignantes, avec à la sortie le goulot d’étranglement pour l’entrée à L’ENM ou au CFPA. Les résultats parlent d’eux-mêmes ; plus d’un millier d’étudiants en première année de fac de droit et seulement 14 étudiants garçons qui accèdent au centre régional de formation des avocats.
Une telle situation nécessiterait que certains responsables universitaires commencent à se poser des questions, au lieu de rabâcher sans cesse que les étudiants d’aujourd’hui sont de plus en plus mauvais, ce qui est faux, injuste et décourageant à l’égard d’une jeunesse qui n’est pas gâtée par son époque.
Thierry Tamisier, le 29 janvier 2009.
Publié le 29/01/2010 à 22h45